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~~Après le printemps ("Il y a longtemps que je t'aime"), l'été ("Tous les soleils"), Philippe Claudel, pour son troisième long-métrage, choisit de filer la métaphore saisonnière en s'intéressant à l'automne de la vie de Paul (Daniel Auteuil, bon, mais dans la stricte resucée de ses précédents rôles ), un neurochirurgien stackanoviste, marié à une femme charmante (Kristin Scott Thomas). Une vie tranquille de notable de province, à peine secouée par une légère culpabilité liée à l'échec d'une opération de l'appendicite. Mais la sécurité et le confort de cette existence bourgeoise (que symbolise sa demeure, forteresse moderne apparemment inviolable) vont être bouleversés par l'envoi de bouquets de roses rouges, à son domicile et à son cabinet et par la rencontre concomitante de Lou (Leïla Bekti), jeune serveuse qui semble suivre Paul à la trace. Obsédé par ces colis menaçants et par l'omniprésence ténébreuse de Lou, Paul s'enferme dans une monomanie à tendance paranoïaque. De coup d'éclat en coup d'éclat, le vernis de son existence va se craqueler.

Haneke et Sautet remixés par Claudel

L'intrigue d' "Avant l'hiver" ressemble à bien des égards à celle du film magistral d'Haneke, "Caché", dans lequel Auteuil endossait à peu près le même rôle, à savoir celui d'un journaliste, qui, excédé par d'étranges dessins d'enfant qu'il recevait à son domicile, se lançait sur les traces d'un émetteur potentiel. Sans doute inconsciente, mais pâle copie du film de Haneke, "Avant l'hiver" renoue avec la tessiture des films de Sautet, sans parvenir à se hisser à la hauteur du modèle. Le personnage d'Auteuil, prolongement ventripotent du Stéphane du "Cœur en hiver", bouillonne en dedans mais demeure à l'extérieur un bloc de granit monolithique. Filmé avec une froideur clinique qui sied, certes, à l'intrigue, "Avant l'hiver" n'est pas touchant pour un sou, malgré la charge émotionnelle que semblait pouvoir apporter ce personnage de sexagénaire qui voit ses fêlures se dévoiler une à une.

Entre thriller anémique et drame faiblard

Trop mou et trop éparpillé dans des intrigues annexes pour être un thriller digne de ce nom, le film se dilate en de longues scènes intimistes (seules celles du couple Auteuil/Scott Thomas sont à sauver) et des séquences ineptes qui transpirent la fausseté où Auteuil ~~joue les bons samaritains aux côtés de Leïla Bekti. Laissé sur le bas-côté, le suspense refait brutalement surface à quelques minutes de la fin du film, dans un final abrupt dont le seul mérite est d'approfondir les zones d'ombre de l'histoire. Partisan de l'œuvre ouverte, Claudel aime les dénouements qui auréolent rétrospectivement l'intrigue d'un plus grand mystère.

Un film racheté in extremis par Kristin Scott Thomas

"Avant l'hiver" est , pour rester dans la métaphore automnale, une belle coquille de noix somme toute assez vide. Belle car Claudel émaille sa réalisation de beaux plans brumeux d'une nature sur le déclin et filme élégamment les superbes intérieurs bourgeois. La façon qu'il a d'appréhender du dehors la somptueuse demeure du couple n'est pas sans rappeler la façon de filmer d'Ozon dans "Dans la maison", dont l'intrigue était bien plus prenante. Kristin Scott Thomas, qui était du casting du film d'Ozon , s'impose comme le radeau de sauvetage providentiel d'"Avant l'hiver". Habituée aux rôles de grande bourgeoise oisive, elle compose avec brio un personnage hitchcokien, entre impassibilité de statue du commandeur, nervosité et tendresse. Certains journaux se sont fait l'écho d'une brouille entre Claudel et l'actrice, dont la mésentente daterait du tournage d'"Il y a longtemps que je t'aime". Le réalisateur a confié qu'il ne retournerait plus avec Scott Thomas. Il serait regrettable que le cinéma moyen de Claudel laisse échapper sa pièce maîtresse.

L'inquiétante étrangeté distillée par Kristin Scott Thomas.

L'inquiétante étrangeté distillée par Kristin Scott Thomas.

Tag(s) : #cinéma français, #drame, #Claudel

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