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~~A une semaine d'intervalle, deux films, "Diplomatie" de Volker Schlöndorff et "Monuments men" de George Clooney ravivent deux épisodes méconnus de la fin de la seconde guerre mondiale. La destruction programmée de Paris, de ses civils et de ses plus éminents monuments sur ordre du Führer pour le premier, la saisie par les nazis des œuvres les plus remarquables du patrimoine européen en vue de les regrouper dans un hypothétique Führermuseum à Linz, en Autriche, pour le second.

~~A la différence du remarquable "Diplomatie", qui, malgré la minceur de son dispositif, ne manquait pas d'être prenant, "Monuments men" ne fait guère plus qu'honorer son devoir de mémoire en rappelant qu'une dizaine d'hommes se lancèrent, au péril de leur vie, dans une vaste opération de sauvegarde du patrimoine culturel européen. Malgré la richesse et la fertilité d'un sujet peu exploité (le film est tiré du livre de Robert M. Edsel), Clooney a écrit, réalisé et produit un film poussif, hésitant, qui s'attache à dissimuler toute la vacuité de son scénario derrière une espèce d'allant factice.

C'est d'autant plus surprenant et décevant que George Clooney nous avait habitués à mieux avec "Confessions d'un homme dangereux" qui ne manquait pas d'un certain panache, "Good Night and Good Luck" qui retraçait les heures sombres de la chasse aux sorcières et "Les marches du pouvoir", un film prenant -bien qu'académique- sur les coulisses d'une primaire démocrate.

Dans "Monuments men", il relate la course contre la montre d'un groupe d'américains - conservateurs, restaurateurs, historiens d'art, architectes- mandatés par Roosevelt pour récupérer et restituer à leurs propriétaires quelques milliers d'œuvres d'art spoliées par les nazis parmi lesquelles le Retable de Gand et la Vierge à l'enfant de Michel-Ange. Tandis que James Granger (Matt Damon), conservateur du Metropolitan Museum de New York tente de s'informer auprès de Claire Simone alias Rose Valland (Cate Blanchett), employée du Jeu de Paume, de la destination de ces chefs d'œuvre, Frank Stokes (Clooney), Richard Campbell (Bill Muray), Jean-Claude Clermont (Jean Dujardin) et les autres, s'engagent dans le conflit pour essayer de les débusquer, par binômes, en plein territoire allemand.

~~Résultat : un film en forme d'inventaire qui peine à instaurer une continuité dramatique et qui s'éparpille bien trop souvent dans des scènes ineptes et inutiles (celle où l'excellent Bill Muray s'improvise pacifiste grâce à un paquet de cigarettes), quand il ne verse pas carrément dans le sentimentalisme creux. "Monuments men" manque cruellement du souffle qui aurait été de mise pour retracer l'entreprise de ces hommes. C'est à peine si l'on saisit la détermination et la cohésion du groupe dans ce film qui ne parvient jamais à susciter la moindre émotion, même lorsque deux des membres du commando perdent la vie. L'agonie d'un Jean Dujardin, touché par les balles des nazis, pourrait bien, tant elle sonne faux, être moquée à l'égal de la mort de Marion Cotillard dans "Batman" de Christopher Nolan.

Jean Dujardin qui arbore son sourire Colgate façon "OSS 117" n'est rien moins que la blague de trop d'un film que l'on peine à prendre au sérieux. Clooney s'essaie à démystifier l'histoire en insérant ça et là des blagounettes peu concluantes (sur le piètre accent français de Matt Damon), en adoptant un ton léger et badin qui tourne à vide à force de sonner faux. En résulte une prise de distance du spectateur avec un film qui, sur le papier, semblait avoir toutes les chances de le captiver.

La sauvegarde du patrimoine culturel et historique vaut elle de perdre des vies humaines? Ce à quoi Clooney répond par ~~ l'affirmative, exaltant le courage de ces hommes et assénant à longueur d'allocutions un patriotisme qui finit par agacer à force de tourner en boucle. Le réalisateur-acteur cède bien souvent à la facilité du grand spectacle et produit une machine où la musique bourrine et les personnages fantoches ont raison de notre attention. Si ce casting royal (où seuls Murray, Goodman et Balaban parviennent à tirer leur épingle du jeu) s'ingénie à jouer les sauveurs de patrimoine, force est de constater qu'il n'y a malheureusement pas grand chose à sauver dans le dernier long de l'égérie de Nespresso.

Clooney, Murray et les autres.

Clooney, Murray et les autres.

Tag(s) : #Clooney, #Histoire, #art, #patrimoine

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