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Il est des films que l'on aurait aimé aimer. C'est le cas d'"Apprenti gigolo", le cinquième et dernier film de John Turturro ("Romance and cigarettes", "Mac") doté d'un capital sympathie indéniable que l'on peut imputer sans trop s'avancer au come-back de notre cher Woody Allen devant la caméra, à la présence du non moins sympathique Turturro et à un scénario abracadabrantesque. Mais des personnages et acteurs attachants et une bonne idée de départ ne sauraient suffire à faire un bon film, ou du moins, un aimable divertissement. Malgré quelques surprises et sursauts drolatiques, "Apprenti gigolo" est une comédie new-yorkaise poussive et amorphe, qui peine au démarrage et ne cessera pas de caler.

Woody Allen en mac zélé

Deux amis, Murray (Woody Allen), bouquiniste forcé de fermer boutique et Fioravante (John Turturro), fleuriste, peinent à assurer leurs fins de mois. A la suite d'une proposition affriolante d'une de ses connaissances, le Dr Parker (Sharon Stone), Murray décide tout à trac de faire du timide et solitaire Fioravante un gigolo. Sitôt le transalpin convaincu et la première cliente (Sharon Stone) comblée, le sémillant septuagénaire multiplie les 5 à 7 de son lucratif protégé. Entre temps, Murray rencontre une austère veuve de la communauté hassidim de Brooklyn, Avigal (Vanessa Paradis), en mal de tendresse et d'amour, qu'il va confier aux bons soins de son prévenant escort-boy, désormais prénommé Virgil Havard. Ces deux âmes solitaires vont, bien entendu, s'éprendre l'une de l'autre.

Un film sur le lien?

Comme dans "American gigolo" de Paul Schrader, la prostitution masculine n'est que la toile de fond d'"Apprenti gigolo" qui prétend être, au delà de la rom com et de la comédie égrillarde, un film sur le lien. En dépit de certaines fulgurances de sensibilité, de quelques scènes délicates entre Turturro et Paradis sur la manière d'appréhender l'autre et de la scène finale, force est de constater que ce film n'honore que très superficiellement son projet. "Apprenti gigolo" essaie de combler son inconsistance et son manque singulier de rythme à grand renfort de jazz.. Peine perdue : le scénario patauge.

Un ersatz d'un film de Woody Allen

Difficile, en outre, de faire un film avec Woody Allen, sans trimballer le personnage du légendaire dépressif caustique et son lot d'aphorismes métaphysiques. Mais ici, force est de constater qu'il y a du mou dans la verve du sémillant petit hommes à lunettes et que ses répliques, même si elles prêtent à sourire, ne sont que de pâles resucées du type " - Tu prends des drogues? - A part mon antidépresseur non". Turturro ne parvient pas à faire de Woody Allen autre chose qu'une caricature de lui-même. Précisons tout de même que Woody est ici affublé d'une marmaille afro fort sympathique et, en plus de s'improviser mac, s'adonne au base-ball avec ses enfants et ceux de la veuve Avigal. Woody Allen, leader sportif, qui l'eût cru? Le jazz, les mœurs new-yorkaises, l'immersion dans la communauté juive : Apprenti gigolo se contente d'être un ersatz d'un film de Woody Allen.

Lumineuse Vanessa Paradis

Heureusement, il y a Vanessa Paradis qui s'avère lumineuse comme jamais dans le rôle de cette veuve prisonnière des carcans du judaïsme hassidique qui, à la faveur de sa rencontre avec le providentiel Fioravante, peut enfin s'épanouir et irradier les rues de Brooklyn de son sourire. Malheureusement sa présence gracieuse est alourdie par une réalisation laborieuse, qui nous la montre cheminant pendant de longues secondes à son rendez-vous. Le récit est aussi celui de son émancipation : elle ira moucher avec panache les membres d'un tribunal juif fantoche, réuni pour juger Murray enlevé par un membre de la patrouille du quartier, épris en outre de la veuve.

Une coquille vide, sauvée par quelques surprises

Pas grand chose de notable dans "Apprenti gigolo", donc, si ce n'est qu'il est pour le moins singulier de voir la sulfureuse et diablement sexy Sharon Stone solliciter les services d'un gigolo. Quelques petites surprises de ce genre parviennent bon an mal an à racheter le film qui n'est ni plus ni moins qu'une coquille vide, qui tourne en rond pendant quatre vingt dix minutes. Tout de même, le regard de cocker du tendre John Turturro parviendrait presque à nous amadouer. Ah, ces gigolos...

"Apprenti gigolo" : comédie amorphe sous les auspices de Woody
Tag(s) : #Woody Allen, #comédie

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