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Le Festival de Cannes, pour reprendre le titre du film de Maïwenn, c'est un peu le bal des actrices, sublimées, acclamées, mitraillées de toute part. Quoi de plus judicieux, donc, que de présenter un biopic sur Grace Kelly en guise de film d'ouverture? Au delà de la métaphore, on vient à se demander ce qui justifie la présence de "Grace de Monaco", film pour ménagère de plus de cinquante ans, à Cannes (ce n'est sans doute pas un hasard qu'il soit coproduit par TF1). Hué et sifflé lors de la projection à Cannes mercredi midi, "Grace de Monaco", comme son héroïne, n'a pas manqué de défrayer la chronique, depuis la désapprobation de la famille Grimaldi jusqu'aux différents entre Olivier Dahan et Harvey Weinstein, lequel tient mordicus à présenter un autre montage, plus formaté et donc plus commercial, au public américain. Pourtant, la version de Dahan, le director's cut, semble tout à fait répondre au cahier des charges du distributeur...

En se concentrant sur les années 1956-1962, années charnière où la princesse de Monaco se trouve écartelée entre son statut officiel et sa carrière d'actrice (Hitchcock vient la solliciter pour "Pas de Printemps pour Marnie"), Olivier Dahan a choisi de réaliser un biopic partiel, plutôt que total comme il l'avait fait pour "la Môme". On ne contestera pas la pertinence de son choix, cette période fournissant une matière idéale pour un film biographique, avec ce qu'il faut de drame intimiste, de psyché féminine, le tout enrobé d'un solide contexte historique.

Alors que Grace, engloutie par un statut qui la réduit à jouer les mères au foyer et à tromper son ennui dans des œuvres de bienfaisance, tente de reconquérir sa liberté de jouer, Monaco, qui menace d'être annexée et imposée par De Gaulle, s'échine à conserver sa souveraineté. L'analogie entre le sort de la principauté et celui de la princesse est évidente, et habile scénaristiquement. Le destin de Grace est scellé à celui de Monaco (les dissensions entre la France et le Rocher compromettent d'autant plus son retour à Hollywood), qui fait à la fois office de prison mais aussi de double métaphorique.

"Grace de Monaco" se présente comme une "fiction inspirée de faits réels". D'où le fait que Dahan rejette en bloc le terme de biopic. Or, quid de ces quelques images d'archives -rares, certes- qui viennent contredire ses déclarations? Le réalisateur dit avoir réalisé là un portrait de femme (Nicole Kidman, dans "Portrait de femme" de Jane Campion, jouait déjà une femme qui subissait les affres du mariage). Pour honorer son projet et donner l'illusion de l'introspection nécessaire à un portrait, Dahan multiplie les zooms vulgaires et les très gros plans (n'est pas Kechiche qui veut) sur le visage de son actrice, histoire de traquer le fameux "feu sous la glace", selon l'expression d'une des biographes de la princesse.

Une photographie, certes soignée, mais digne d'un roman photo avec dorures, qui alterne entre plans crépusculaires et lumineux, sans doute pour mieux souligner les deux facettes de l'héroïne, réduit à néant les chances du film de se démarquer de son étiquette "Point de Vue". La mise en scène, sirupeuse, s'autorise des embardées prophétiques (Grace qui roule à toute vitesse sur les hauteurs monégasques, comme une annonce de l'accident qui lui coûta la vie) et des fondus enchaînés d'un goût douteux, pour se complaire de plus en plus, à mesure qu'avance le film, dans l'hagiographie stérile. Les dernières minutes, qui se concentrent sur le discours de Grace au bal de la Croix-Rouge, ne sont qu'une ragougnasse de bons sentiments et de poncifs sur l'amour, une usine à larmes pas émouvante pour un sou destinée à emporter in fine l'adhésion du public. En prime, une passerelle vers "La Môme" avec une Grace rangée qui chantonnerait presque le "Non, rien de rien, non je ne regrette rien" qui clôturait le film sur Piaf.

Aussi lisse et papier glacé que le visage de Nicole Kidman qui oscille entre regard de conquérante et yeux de biche sur le point d'être écrasée, "Grace de Monaco" mérite bien le vilain mot de biopic, tant il exacerbe les travers du genre (soin apportée à la reconstitution, quitte à reléguer au second plan le geste artistique). Si le jeu ultra affecté de Nicole Kidman ne manque pas d'agacer, Tim Roth campe un prince Rénier plutôt convaincant. Un De Gaulle d'opérette rend le film divertissant le temps de quelques minutes et achève de consommer la distance ironique entre le spectateur et ce piètre film à grand spectacle. Archétype de l'élégance et du raffinement, la belle Grace méritait mieux que ce préfabriqué à gros sabots.

Nicole Kidman et Tim Roth (Photo Metronews)

Nicole Kidman et Tim Roth (Photo Metronews)

Tag(s) : #biopic, #Cannes, #Grace Kelly, #Monaco

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