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Du polar ("Lady Jane") à la tragédie ("Marie-Jo et ses deux amours"), en passant par la parabole ("Mon père est ingénieur"), Robert Guédiguian est un touche-à-tout qui se plaît à voguer entre les genres, sans jamais perdre de vue son fil rouge, l'idéal communiste, ni ses motifs obsessionnels (le vivre-ensemble, l'engagement). Dans son dernier long-métrage pour lequel il revendique l'appellation de "fantaisie", il ne suit d'autre fil que celui d'Ariane (Ariane Ascaride, sa muse et sa compagne à la ville), au risque de s'égarer quelque peu en chemin. Co-écrit avec Serge Valletti, "Au fil d'Ariane" fait figure d'exercice de style récréatif, de variation ludique dans la filmographie de Guédiguian. Un exercice de style, qui, sans être dénué d'un certain charme décousu, n'en est pas moins bancal, voire patraque.

"Au fil d'Ariane" s'ouvre sur un bonheur en carton pâte (la vision idyllique d'images de synthèse d'un immeuble cossu) qui ne résistera pas à l'épreuve du réel. Le jour de son anniversaire, Ariane, qui s'affaire à la préparation d'un énorme gâteau, se retrouve gros jean comme devant : ses enfants et son mari lui ont fait faux bond. Ni une, ni deux, elle monte dans sa voiture, au petit bonheur. C'est le début d'une échappée dans la cité phocéenne, échappée plus contrainte que motivée par le désir de prendre le large, à l'opposé de ses sœurs de cinéma, la Deneuve d'"Elle s'en va", la Huppert de "La ritournelle" ou encore la Viard de "Lulu, femme nue". Au gré de ses pérégrinations, Ariane rencontrera un chauffeur de taxi mélomane (Jean-Pierre Darroussin, très drôle) avant d'échouer au café l'Olympique où vivent pêle-mêle un patron de bar au bagout tout méridional (Gérard Meylan), un Marseillais érudit qui se fait passer pour un Américain (Jacques Boudet), un ancien gardien de musée hanté par ses créatures empaillées et en bocal (Youssouf Djaoro), une fille de joie (Lola Naymark) et son copain (Adrien Jolivet).

Bien des ressorts d'"Au fil d'Ariane" font dans la galéjade indigeste : les "Yes sir" à répétition de Jacques Boudet et le dialogue d'Ariane avec une tortue qui a la voix de Judith Magre font chou blanc. Les scènes avec Jean-Pierre Daroussin - à la verve tordante! - sont sans conteste les plus réussies. La fantaisie permet à Guédiguian de jouer à l'envi avec la gouaille des autochtones, dommage qu'il n'ait pas étiré ce filon truculent plus de deux ou trois scènes.

Au fil d'Ariane" se pose comme une fantaisie bigarrée, une errance décousue traversée de références (de la scène d'anthologie de "La Dolce Vita" que Guédiguian revisite plaisamment aux "Morts sans sépulture de Sartre) ), enjolivée par les morceaux de Mendelssohn, Schubert et Kurt Weil et les chansons doucettes de Ferrat. Jean Ferrat devient le chantre, le porte-parole léger d'un Guédiguian, qui s'invite délicatement dans ce film où la volonté d'édulcorer les antiennes est manifeste.

"Au fil d'Ariane" condense et reprend en filigrane bien des motifs du cinéma de Guédiguian : le spectre de la délinquance des "Neiges du Kilimandjaro", le personnage de mère courage de "Mon père est ingénieur", en passant par un rappel sans doute inconscient de l'épilogue de "Marie-Jo et ses deux amours", sans oublier le discours anticapitaliste ramené ici à des bribes et les jolies maximes ('L'amour, c'est donner ce qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"). L'intérêt de ce conte réside davantage dans son aspect de film-somme inconscient, de florilège allègre de la filmographie de son auteur.

Anémié de l'épaisseur romanesque et de l'intensité dramatique qui sont les pierres angulaires du cinéma de Guédiguian, "Au fil d'Ariane" part un peu trop en goguette, s'étire démesurément selon un rythme atone qu'aucune des tribulations du petit groupe ne vient relever. Reste le regard de Guédiguian sur sa femme et sur Marseille, qu'il filme toutes deux amoureusement, la théâtralité ludique (Daroussin et Demoustier endossent plusieurs rôles au cours du film) et la ferveur de la scène de danse sur le port. Si "Au fil d'Ariane" brouille les pistes entre la réalité triviale et la fiction, l'affabulation, on ne saurait que trop conseiller à "Robert" de rentrer au bercail de la chronique sociale dans laquelle il excelle et de délaisser une légèreté qui frise ici l'insipidité.

Source de l'imae : Diaphana

Source de l'imae : Diaphana

Tag(s) : #Guédiguian, #fantaisie

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