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A l'exception de « Backstage » d'Emmanuelle Bercot, les films français ont tendance à traiter le phénomène de l’idolâtrie par le petit bout de la lorgnette, à travers le prisme aguichant de la comédie qui ouvre la voie aux scénarios les plus foutraques. Il n'est que de citer « Jean Philippe » de Laurent Tuel et « Mon idole » de Guillaume Canet, dans la filiation desquels se situe « Elle l'adore » de Jeanne Herry, qui emmène le film de groupie vers les sentiers tortueux du thriller psychologique avec un flegme très second degré.

Muriel Bayen (Sandrine Kiberlain), esthéticienne de son état, pimente sa vie ronronnante en racontant à son entourage des anecdotes improbables. Fan depuis sa plus tendre adolescence de Vincent Lacroix (Laurent Laffitte), un chanteur à succès, sa vie bascule le soir où son idole fait irruption chez elle pour lui confier une mission des plus secrètes : convoyer un énorme paquet jusqu'en Suisse... Avec toute l'abnégation de la groupie, Muriel accepte sans savoir qu'il s'agit de la dépouille de la compagne du chanteur, dont la mort accidentelle, survenue au cours d'une scène de ménage, n'est imputable qu'à la chute d'une Victoire de la musique ... Malgré la mécanique rodée échafaudée par le chanteur pour faire disparaître le corps, la fan et l'idole associés dans le crime, auront maille à partir avec la police...

Film caméléon, « Elle l'adore » résulte du métissage de plusieurs genres, mêlés plus ou moins adroitement. Claudicant, non sans un certain charme, entre le polar, la comédie et le film cathartique, Jeanne Herry signe un long-métrage aussi appliqué que chloroformé, qui louvoie sans cesse pour éviter de se colleter à la noirceur que l'intrigue porte en germe.

Les comédiens n'ont pas d'autre solution que de rester en deçà de personnages traités en dilettante, dont la réalisatrice néglige à creuser la moindre des aspérités, préférant rester à la surface de la relation délétère qui oppose le zèle de la fan aux bassesses de la star. Si Laurent Laffitte se débat avec son personnage auquel il tente de conférer une certaine opacité à grands renforts de sourcils froncés, Sandrine Kiberlain (prix d'interprétation à Angoulême), pilier du film, porte le stoïcisme et l'impassibilité de son personnage à des sommets de drôlerie. La scène de l'interrogatoire, la meilleure du film, offre un autoroute à son potentiel comique, qu'elle déploie, loin de l'hystérie frappadingue de « Neuf mois ferme » d'Albert Dupontel, dans le sillage éthéré et fantasque de « Pauline détective » et des « Femmes du sixième étage ».

Son jeu s'assortit fort bien à la désinvolture assumée de ce film qui fait de l'abdication de tout réalisme (on ne croit pas une seconde au couple de flics incarnés par Pascal Demolon et Olivia Côte) à la fois sa faiblesse et son charme. D'abord très maladroit, grevé par un manque de rythme et par une réalisation un peu godiche, le film se dégrippe et prend vigueur dès que les virtualités du scénario se déploient et ouvrent les vannes à une tension psychologique sans cesse mise à distance par un second degré jouasse et un humour aussi discret que plaisant. Jeanne Herry a la délicatesse de préférer le minimalisme et la modération aux effets criards et tapageurs de la comédie populaire.

Il n'est sans doute pas inutile de signaler que la réalisatrice est la fille de Julien Clerc et Miou-Miou. Si son film évoque un chanteur de variétés, il n'élude pas pour autant une autre forme d'idolâtrie, celle qui porte à vénérer les acteurs de cinéma, dans un dernier plan aussi tendre que malicieux en forme de clin d’œil à sa maman.

La scène d'interrogatoire : une autoroute comique pour Sandrine Kiberlain. Source image : TF1

La scène d'interrogatoire : une autoroute comique pour Sandrine Kiberlain. Source image : TF1

Tag(s) : #comédie, #thriller

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