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Exit le Xanax et la vodka, place à la magie de la Riviera ! "Blue Jasmine" n'était finalement qu'un intermède américain dépressif dans le tour d'Europe enchanté de Woody Allen. Après Paris, Barcelone, Rome, Woody ne pouvait manquer de faire escale sur la french Riviera, terre d'élection des cinéastes américains s'il en est, décor de carte postale dont il assume à l'envi le côté kitsch.

Dans "Magic in the Moonlight", féerie qui pour être un peu pantouflarde n'en est pas moins so charming, le cinéaste renoue avec un de ses thèmes de prédilection, la magie ("Le Sortilège du scorpion de Jade", "Scoop") et filme l'aube des années 1930 comme dans "La Rose pourpre du Caire", où il opérait une rencontre cocasse entre personnages de fiction et personnes réelles. Il s'agit aussi dans "Magic in the Moonlight" de faire entrer en communication deux mondes à priori imperméables, à moins d'être médium : celui des vivants et celui des esprits.

C'est justement en tant que médium qu'officie Sophie Baker (Emma Stone, pétulante), qu'une famille richissime de la Côte d'Azur fascinée par ses pouvoirs de divination, les Catledge, a pris sous son aile. Wei Ling Soo alias Stanley Crawford (Colin Firth), magicien de renommée mondiale, est dépêché par un de ses collègues, Howard (Simon McBurney) pour confondre cette soi-disant télépathe, dont le fils Catledge, inénarrable benêt, s'est amouraché. Sûr de découvrir la supercherie, Crawford s'infiltre dans la famille sous le nom de Stanley Taplinger. Mais le professionnel de l’illusionnisme, le British cartésien verra ses certitudes rationnelles vaciller et son cœur aussi...

La recette enjôleuse de "Magic in the Moonlight" allie l'atmosphère des romans d'Agatha Christie, avec son personnage de magicien travesti en détective du spiritisme et ses rombières crédules, au décor du "Tendre est la nuit" de Fitzgerald, le tout dilué dans le canevas balisé de la comédie romantique, accommodée sauce british. "Tendre est la nuit", voilà qui pourrait s'appliquer à la scène qui donne son nom au film, dans laquelle Woody Allen, non sans citer au passage "Manhattan" – où il se réfugiait avec Diane Keaton dans un planétarium pour fuir l'orage newyorkais –, fait se replier le magicien et la médium, pour cause de tempête également, dans un observatoire d'où ils contemplent le ciel paisible, à la nuit tombée. Chez Woody Allen, l'observation de la voûte céleste, le badinage au milieu d'une scénographie cosmique tiennent lieu de préliminaires à la relation amoureuse, comme s'il fallait prendre conscience de la clarté sidérale pour accéder à la révélation sidérante de ses propres sentiments. C'est d'ailleurs le cheminement de Crawford qui, après avoir été ébranlé par les "impressions mentales" exactes de Sophie qui prouvent bien l'existence d'un monde parallèle, est secoué par la force cosmique d'une attirance irrépressible.

En recourant à une trame prévisible pour mieux ménager quelques facétieux effets de surprise, Woody Allen cherche à privilégier l'art pittoresque de la saynète en faisant la part belle aux sarcasmes altiers et aux persiflages de son personnage principal, qui recyclent avec un zeste d'urbanité british le sel légendaire des joutes verbales alleniennes. Colin Firth ("Le Discours d'un roi", "Un été italien") est, sans surprise, irrésistible en alter ego classieux du réalisateur, à la lucidité vacillante et à l'humour pince-sans-rire. Mais la trouvaille de casting la plus originale, c'est sans doute d'avoir déniché Simon McBurney, génial metteur en scène britannique expert ès illusionnisme, magicien moderne des planches pour interpréter un prestidigitateur un peu has-been.

Rien de nouveau sous le soleil et les cigales de la Riviera dans ce "Magic in the Moonlight" qui applique avec soin le programme du "changement dans la continuité" en compilant avec une espièglerie communicative, non sans les actualiser (la scène de demande en mariage, absolument inédite) les marottes de Woody Allen, honorable dessein qui suffit à faire de ce film une gâterie savoureuse bien qu'un peu flagada. Quarante-troisième film au compteur, Woody Allen est une Schéhérazade nietzchéenne et désopilante des temps modernes, cherchant à repousser l'angoissante faucheuse par de délectables récits qui pourraient peut-être – qui sait ? – l'amadouer.

Emma Stone, pétulante et Colin Firth irrésistible en alter-ego british de Woody (copyright WoodyAllenpages)

Emma Stone, pétulante et Colin Firth irrésistible en alter-ego british de Woody (copyright WoodyAllenpages)

Tag(s) : #Woody Allen, #féerie, #comédie romantique

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