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Cette semaine au cinéma, deux trios de femmes sont à l'affiche. Dans le film de Jean-Jacques Zilbermann, trois rescapées d'Auschwitz essaient de retrouver goût à la vie ensemble. Dans celui de Katia Lewkowicz, « Tiens-toi droite », trois femmes d'aujourd'hui tentent de s'extirper du carcan de leur féminité pour tracer, tant bien que mal, leur route. Il y a Lili (Laura Smet), jeune Picarde promue miss « Nouvelle-Calédonie » où elle fut envoyée, enfant, à cause de sa féminité trop encombrante pour le Nord austère ; Sam (Noémie Lvovsky), enceinte et mère de trois filles, qui travaille à la petite semaine pour joindre les deux bouts et Louise (Marina Foïs), gérante d'un pressing pistonnée à la tête d'une entreprise de fabrication de poupées par son amant, sceptique quant à ses compétences mais enclin à l'échange de bons procédés. Soit trois portraits de femmes à peu près aussi nuancés que ceux d'Audrey Dana dans le navrant « Sous les jupes des filles » : une femme-objet, une femme-pondeuse et une nerveuse « qui en a ».

Avec son premier long-métrage sur les affres d'un trentenaire à la veille de son mariage, « Pourquoi tu pleures ? », Katia Lewkowicz avait posé les jalons d'une filmographie singulière : un ton fantasque et décalé, une manière, un peu bravache, de rejeter les codes de la narration classique, une effervescence de cocotte-minute sans cesse à ébullition, un regard acerbe sur la famille et les rites de passage. Qualités réduites à peau de chagrin, voire perverties en défauts dans « Tiens-toi droite » où la cacophonie devient le seul principe de mise en scène, un écran de fumée caquetant destiné à masquer l'inanité du propos et le grotesque de la caricature.

Ce parti-pris de forcer constamment le trait aurait pu fonctionner si le film restait sur le régime de l'allégorie à tendance foutraque plutôt que de prétendre dresser un état des lieux des femmes d'aujourd'hui. Le message féministe (bienvenu en ces temps gangrenés par le zemmourisme) se trouve ici démantibulé voire réduit à néant par la lourdeur contre-productive de situations et de relents machistes antédiluviens. Telle une reine mortifiée de ne pas pouvoir offrir un descendant à la couronne, Noémie Lvovsky s'afflige de n'avoir mis que des filles au monde tandis que son mari bat en retraite pour éviter l'infernal gynécée. Si les hommes sont apeurés devant les femmes, celles-ci sont soit délurées et bêtes comme chou (le personnage de Laura Smet embrasse tout le monde sur la bouche, se ridiculise et chouine dès qu'elle profère trois mots), soit attentistes (« Je vais m'occuper de tout » dit Sam à la naissance de ses jumelles au point de laisser quartier libre à son mari), au mieux battantes -ouf!- (Marina Foïs en working girl butée bien décidée à en finir avec l'image stéréotypée de la femme).

L'idée de faire se rejoindre ces trois destins autour d'un projet de fabrication d'une nouvelle poupée à l'image de la femme contemporaine (exit blondes à gros seins et Barbies en tout genre), si elle avait le mérite de servir l'aspect conceptuel et militant de l'entreprise, se retrouve escamotée par la désinvolture brouillonne du scénario et de la réalisation. Reste la dernière phrase, grinçante, ultime vestige du regard affûté de la réalisatrice.

Dommage que celle-ci ait perdu en cours de route la cocasserie aigre-douce et l'originalité de ton qui rendaient le début à peu près sympathique. Seule une scène, très drôle, où Noémie Lvovsky se goinfre de chantilly en bombe, surnage de cet océan de poncifs outranciers à prétention borderline. Dans leurs rôles attitrés (Marina Foïs, rageuse ; l'excellente Noémie Lvovsky, toujours attachante et débonnaire ; Laura Smet, beauté fébrile), les actrices se démènent pour sauver cette pénible satire, qui, loin d'honorer l'étendard féministe qu'elle se propose de lever, tourne à vide. On préférera revoir, en dépit de ses imperfections, « les Gazelles » de Mona Achache et Camille Chamoux, bien plus légères et entraînantes que ces trois archétypes englués dans un constat anachronique de la condition de la femme.

Marina Foïs, Noémie Lvovsky et Laura Smet. Copyright image : allociné.fr

Marina Foïs, Noémie Lvovsky et Laura Smet. Copyright image : allociné.fr

Tag(s) : #féministe, #femme, #stéréotypes

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