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Dans une scène des « Poupées russes » de Cédric Klapisch, Xavier, le personnage joué par Romain Duris, se prêtait de mauvaise grâce au jeu du travestissement. Cécile de France s'amusait à le déguiser en femme. C'est un peu la même intention ludique qui anime « Une nouvelle amie » de François Ozon où le même Duris s'extasie sur la couleur d'un vernis, se fait épiler le bas du dos, revêt une robe de soirée rose pour aller faire une virée shopping au centre commercial du coin... Sauf qu'ici la métamorphose de son personnage répond à une nécessité intérieure.

« Si j'existe, ma vie, c'est d'être femme », telle est, en substance, la maxime de David (Romain Duris, épatant), jeune père très affecté par la mort de sa femme, Laura (Isild le Besco). Une semaine après les obsèques, Claire (Anaïs Demoustier), la meilleure amie de la défunte, le surprend en flagrant délit de travestissement. En jupe, perruqué, fardé, le veuf explique à Claire que ses atours lui servent à apaiser sa petite fille, en manque de présence maternelle. Que sa parure lui permet d'exorciser l'absence de la défunte, dont la féminité lui manque. Une sorte de substitut conjugal et maternel, en somme. D'abord troublée, Claire, éprouvée par la disparition de Laura, va vite trouver en David une amie de substitution et aider celle qu'elle prénomme désormais Virginia à assumer sa féminité, sans mettre son mari (Raphaël Personnaz, parfait en compagnon rangé et un poil cuistre) au parfum.

On sait gré à François Ozon d'avoir fait de son patronyme une injonction. Car au-delà de l'intention, évidente, de faire un film à la barbe des opposants au mariage pour tous et autres contempteurs de la théorie du genre, le réalisateur de « 8 femmes » signe un film qui ressemble à un jeu de cache-cache avec les embûches consubstantielles à la thématique transgenre. Il fallait s'y risquer. Si le film effleure les clichés et flirte quelques instants avec la caricature, c'est pour mieux les contourner. Faire le catalogue des stéréotypes attachés aux transsexuels sur un mode comique, pour les dynamiter ensuite avec panache et intelligence. Certes, David-Virginia se laisse caresser par un homme au cinéma, mais il n'est pas, loin s'en faut, homosexuel. Ozon se fait ainsi l'avocat du diable malicieux de son propre dispositif.

Entre mélo hitchcockien (le film cite « Psychose » et évoque « Vertigo » et « Marnie ») et comédie, « Une nouvelle amie » est le récit d'une renaissance : la chrysalide David devient le papillon Virginia, sous le regard mi-amusé, mi-inquiet de Claire. Tuer le père de famille pour faire naître la mère qui est en soi, tel est le programme. Claire rogne un peu sur sa féminité en adoptant un dress-code masculin pour faciliter l'épanouissement de celle de Virginia. Une Virginia qui, à son insu, devient son Pygmalion sur lequel elle cristallise quelques uns des fantasmes qu'elle nourrissait pour la défunte Laura, qu'elle admirait et chérissait. C'est comme si David-Virginia, en faisant la toilette funéraire de sa femme, avait vampirisé et assimilé l'identité et la part de féminité de Laura, comme si le vert paradis des amitiés enfantines resurgissait pour Claire sous la nébuleuse d'une amitié transgenre.

Loin du trouble de carton-pâte de « Jeune et jolie », François Ozon met ici en scène des personnages bien incarnés, complexes, dans un conte moral envoûtant et facétieux qui tient de « Potiche » pour l'humour très second degré et le côté vintage mais aussi de « Dans la maison » pour son décor pavillonnaire à l'américaine. Il en est de ce film comme de ceux de Pascal Thomas dont on ne sait pas trop à quelle époque ils se déroulent : ici, Ozon entretient le flou sur la situation géographique de son histoire (il semble qu'il ait tourné en grande partie au Canada ce « Laurence anyways » hitchcockien). A peine un lieu fictif, Créancy, où David-Virginia assume pleinement d'être femme, comme si sa féminité était une créance qu'il était enfin en droit d'exiger.

Eblouie par sa transformation en moineau dans « Bird people », Anaïs Demoustier, parfaite, s'étonne ici de la métamorphose de Romain Duris qu'elle nous fait partager par le truchement de son point de vue. Quand le regard de quelqu'un aide à devenir autre, à mettre au jour son être le plus profond, tel est le propos, optimiste et galvanisant d'un Ozon. Romain Duris qui livre ici une performance grave et azimutée, tendance Jack Lemmon dans « Some like it hot » pour l'aspect parodique, fait dire à son personnage : « Les hommes naissent dans les choux, les femmes dans les fleurs. Moi je suis un chou-fleur. ». Nobody's perfect !

On se souvient des "Poupées russes"! Copyright image : Première

On se souvient des "Poupées russes"! Copyright image : Première

Tag(s) : #genre, #Ozon

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