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Pour entreprendre de reconstituer l'affaire Guy Georges, menée tambour battant par les policiers du 36, quai des Orfèvres, mieux valait s'être fait la main sur le film éponyme du taulier Olivier Marchal comme c'est le cas de Frédéric Tellier qui en fut le directeur artistique. Dans « L'affaire SK1 », le jeune réalisateur des « Hommes de l'ombre » filme ce fascinant microcosme aux prises avec une insoluble succession de viols suivis de meurtres, tous perpétrés sur des jeunes femmes de 21 à 30 ans.

L'enquête courant sur près de dix ans est diligentée par le jeune et non moins opiniâtre Frank Magne (Raphaël Personnaz, regard intense et concentré) qui n'est pas sans rappeler le personnage du « Zodiac » de David Fincher dont « L'affaire SK1 » est réduit à n'être qu'un malheureux succédané. C'est dire comme les modalités de diffusion peuvent interférer sur la réception d'un film : vu en prime-time sur France 2, « L'affaire SK1 » aurait fait figure d'honorable téléfilm à vocation didactique ; vu sur grand écran, il rend manifestes ses faiblesses, en même temps que l'impuissance d'un cinéma français mainstream à surpasser en la matière les meilleures séries policières françaises sur le podium desquelles trône « Engrenages », pour ne pas la nommer.

Comme dans « Engrenages », le film met en regard l'enquête policière et la mise en branle de la défense au début de l'année 2001, mais selon un montage alterné qui trouvera son point de jonction dans les scènes du procès aux assises et dans le face à face entre le traqueur du monstre et l'avocate de Guy Georges (Nathalie Baye), attachée à « dévoiler l'homme sous le monstre ». Un credo que Tellier reprend à son compte, composant le portrait du tueur avec une hauteur de vue que seule permet la fréquentation assidue des procès-verbaux. Dressant le récit froid et implacable de ses atrocités face à un Raphaël Personnaz très éprouvé, le « tueur de l'est parisien » est soudain gagné par un excès de lucidité qui lui fait dire que rien ne l'empêchera, si ce n'est l'incarcération, de récidiver. L'excellent Adama Niane qui interprète Guy Georges infuse au film un naturel qui lui faisait défaut : diction mécanique d'une Nathalie Baye pas très à son affaire, dissonance criarde des scènes à la Crim' à laquelle échappe seul le grand Michel Vuillermoz...

Pris dans les rets d'une brassée d'informations et de pistes dont il peine à se dépêtrer, « L'affaire SK1 » perd en intensité fictionnelle ce qu'il gagne en exhaustivité et en précision documentaire. La tension psychologique, pourtant constitutive des films avec serial-killer, fait sérieusement défaut tandis que les avancées de l'enquête n'accrochent pas autant qu'on aurait pu l'attendre d'un imbroglio à dénouer et à renouer fil par fil. Des fils souvent ténus et qui ne résistent ni à l'infaillibilité de l'analyse ADN, ni à une exclusion des suspects opérée selon des critères morphologiques (le tueur est censé avoir le pied égyptien).

Restent les séquences qui échappent à l'hypertrophie documentaire et aux sages intentions qui handicapent le film : ces moments où le groupe sous pression se délasse à grand renfort de blagues potaches, de cigarettes et de petits verres, que ce soit sur les toits du 36 ou sur un bateau de plaisance mais aussi ces scènes de la vie privée, où la fraîche paternité et la vie conjugale ne peuvent qu'être affectées par la monomanie du personnage et son voisinage constant avec l'horreur. Une collision que dépeignait tragiquement Olivier Marchal dans son « 36 ».

Malgré tout, « L'affaire SK1 » fait constamment l'effet d'une machinerie toussotante qui, outre qu'elle peine à dramatiser son intrigue autrement que par des effets maladroits et téléfilmesques, néglige la direction d'acteurs à tel point qu'elle en vient à rendre Olivier Gourmet diablement mauvais. C'est sans doute sa seule véritable prouesse.

Nathalie Baye, pas très à son affaire et le ténébreux Raphaël Personnaz. Copyright Europacorp

Nathalie Baye, pas très à son affaire et le ténébreux Raphaël Personnaz. Copyright Europacorp

Tag(s) : #policier, #téléfilm

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