Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Rien de tel, pour résumer le second long-métrage d'Armel Hostiou, que de créer un mot-valise et de transformer le titre, « Une histoire américaine » en « Une histoire américaigne ». Pour la raison évidente que Vincent Macaigne en est le co-scénariste attitré, qu'il est de tous les plans mais aussi parce qu'il y trimbale son immarcescible personnage d'amoureux transi, de romantique claudicant aux inénarrables saillies qui fit les belles heures du jeune cinéma indé de 2013 et 2014, de « Deux automnes trois hivers » à « Tonnerre ».

Vincent (Macaigne himself) s'est installé à New-York dans l'optique illusoire de reconquérir son ex, Barbara (Kate Moran), qui, lasse de ses excentricités, s'est recasée avec son exact opposé, un jeune médecin fadasse. Ce qui n'empêche pas Vincent -au contraire- de la poursuivre sans relâche de ses assiduités aux accents désespérés et cocasses. Même quand la blonde de marbre le somme de rentrer fissa à Paris. Pour noyer son chagrin, il écume les bars de la « Grosse Pomme », montre la photo de sa belle indifférente à tous ceux qu'il rencontre. Sa passion semble connaître un bref répit lorsqu'il fait la connaissance d'une pétulante jeune fille, visiblement sensible à son charme de loser magnifique. Mais c'est bien connu, l'amour exclusif donne des œillères et évacue comme un corps étranger tout ce qui ne le concerne pas directement. Celui de Vincent se condense, se dilate de déconvenue en déconvenue, jusqu'à s'enliser dans la monomanie.

Comme « Tonnerre » avant lui, « Une histoire américaine » radicalise le personnage d'amoureux éperdu endossé de film en film par Macaigne. Le trentenaire paumé, rendu irrésistible par son badinage truculent, devient l'otage dangereux d'une passion qui le conduit aux confins de la noirceur. Sans se départir totalement de son aspect frais et primesautier, à la lisière de l'absurde, le film fait corps avec la détresse de son protagoniste, prostré et recroquevillé sur les cendres de cet amour désormais impartageable, mais toujours prêt à jouer avec le feu (au sens propre comme au figuré). Ongles sales, vêtements tachés, démarche titubante, il s'étiole, reste sourd aux rappels à l'ordre de son père venu lui rendre visite avec sa sœur pour le remettre « dans les rails ». Certes, l'amour à sens unique vous transforme en loque, semblent nous dire Armel Hostiou et ses coscénaristes, mais le ronron dormant de la petite vie de couple « normale » que mènent Barbara et son nouveau compagnon n'est guère folichon. Dépérir dans l'ombre de sa belle, accepter de devenir le spectateur distant de sa vie, de sa maternité, continuer à lui vouer un culte, voilà le geste, ultime et beau de cet (anti)héros romantique, tour à tour attachant et drôle, inquiétant et odieux, mais finalement sublime dans son abnégation douce et contemplative.

En somme, Vincent serait une sorte de Bardamu qui se « meut avec son barda », avec le fardeau d'un amour non-réciproque dans New-York, la « ville debout ». Les beaux travellings latéraux sur Brooklyn Bridge et les extérieurs nuits magnifiques d'Armel Hostiou, avec leurs lueurs tenaces mais indistinctes, montrent une « Grosse pomme » aux contours flous, à l'intérieur de laquelle on ne peut qu'être paumé. Au cours de son errance nocturne, Vincent aurait pu rencontrer la Frances Ha de Noah Baumbach, une autre trentenaire à la vie joyeusement fluctuante et à la trajectoire erratique. C'est que le cinéma indé français prend des allures mumblecore quand il s'exporte outre-Atlantique.

Épicentre fébrile et comique de toutes les séquences jusqu'à éclipser ses partenaires féminines, Vincent Macaigne impose à nouveau dans « Une histoire américaine » son talent de funambule, sa façon de désamorcer les situations les plus pathétiques par des à-coups burlesques décapants et, réciproquement, de teinter les scènes les plus légères d'une mélancolie sourde et diffuse. On rit de son jusqu'au-boutisme titubant et désespéré, de son anglais approximatif et de son accent à couper au couteau, on s'émeut presque de ses fulgurances saugrenues. Si un acteur manie avec grâce l'art du contrepoint, c'est bien lui.

 "Une histoire américai(g)ne" : Vincent, (anti)héros romantique
Tag(s) : #Macaigne, #New-York, #ciné indé

Partager cet article

Repost 0