Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

A première vue, « Le dernier coup de marteau » semble retouiller et réchauffer au soleil du Midi certains ingrédients des films des frères Dardenne. Un soupçon de « Rosetta » (le héros, Victor, vit aussi dans une caravane, avec sa mère et n'a rien à envier, niveau débrouillardise, à son aînée de cinéma) , une louche de « Gamin au vélo » (la quête éperdue du père comme ligne directrice du scénario). Mais dans le dernier film d'Alix Delaporte, il y a cette lumière, bienveillante et caressante, qui est comme la trace palpable du regard que porte la réalisatrice sur ses personnages, regard compatissant mais jamais apitoyé qui situe son cinéma aux antipodes de la sécheresse objective du tandem belge.

Comme le finale de la sixième symphonie de Malher, la vie de Victor (Romain Paul), un garçonnet de treize ans, a été frappée par trois coups de marteau, trois mauvais coups du sort : une mère (Clotilde Hesme) atteinte d'un cancer qui dépérit à vue d’œil, des conditions de vie précaires dans un cabanon à la périphérie de la ville, un père (Grégory Gadebois), chef d'orchestre renommé, aux abonnés absents. Lorsque ce dernier revient s'installer à Montpellier pour diriger une série de concerts, Victor n'a plus qu'une seule idée : entrer en contact avec lui, se faire connaître, et si possible, reconnaître par ce mélomane aussi abrupt et imposant qu'un menhir. Rabroué une première fois, Victor ne cessera de hanter les couloirs de l'auditorium de sa petite présence butée et fière, jusqu'à ce que le musicien daigne lui concéder une petite place dans sa vie et l'initier aux secrets de son art. Footballeur prodige, le jeune garçon ira jusqu'à se dérober devant l'opportunité d'entrer dans un centre sportif. Tout ce qui constituait jusque là son univers est désormais susceptible de faire obstacle à sa quête identitaire, ce seul but vers quoi tendent ses petites jambes alertes et halées qui sillonnent sans relâche le macadam et la dune caillouteuse, de l'Opéra jusqu'au terrain vague où le cabanon de sa mère voisine avec celui d'une famille d'espagnols dont le petit dernier, un petit garçon impayable au caractère bien trempé, se refuse à parler français sous prétexte qu'il ne passera pas sa vie ici.

Alix Delaporte a l'élégance de ne pas marteler les éléments a priori larmoyants de son scénario si bien qu'on en oublie le condensé misérabiliste au principe du film. Toutes les situations s'éprouvent à l'aune des yeux bleus et perçants du jeune Victor, les enjeux de chaque scène se condensent dans les regards des personnages, au fil d'une dramaturgie minimaliste à la croisée d'un naturalisme intimiste et d'un romanesque qui flirte parfois avec l'invraisemblable. Si le film s'évertue à déjouer les attentes (premier émoi amoureux esquissé mais pas « consommé ») et à esquiver l'aspect programmatique du scénario, il emprunte parfois quelques raccourcis artificiels, témoin cette scène où la mère, qu'on devine hostile au père de son enfant et à tout ce qui s'y rapporte, écoute religieusement son fils lui réciter ce qu'il a appris de lui sur la sixième symphonie.

On passera volontiers sur les quelques déficits de crédibilité de l'histoire tant la finesse et la précision de la direction d'acteurs impressionnent. Excellente chef d'orchestre qui se cantonnerait à des airs et mélodies rebattus, Alix Delaporte semble guider ses acteurs à la baguette, en quête du ton juste, de la retenue nécessaire. Toujours dans la note, le film est porté par l'extraordinaire Romain Paul, bloc aussi fougueux que fébrile, épaulé par les deux fidèles d'entre les fidèles d'Alix Delaporte depuis « Angèle et Tony », le toujours remarquable Grégory Gadebois et Clotilde Hesme (touchante dans ce rôle de mère consumée par la maladie et les difficultés financières), absente des écrans radars depuis la série « Les revenants » où elle interprétait déjà une mère qui faisait face au retour -sur le mode fantastique!- , du père de sa fille. Malheureusement, le jeu des acteurs et le développement ténu et gracieux du scénario n'évacuent pas pour autant ce sentiment d'être en présence d'un de ces films contingents, honorables mais anecdotiques, dont le prolifique cinéma français a le secret.

Romain Paul, extraordinaire en force vive du film. copyright image EcranLarge

Romain Paul, extraordinaire en force vive du film. copyright image EcranLarge

Tag(s) : #naturalisme, #Dardenne, #Clotilde Hesme

Partager cet article

Repost 0