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C'est l'histoire d'un Rastignac des faubourgs qui rêve de devenir écrivain. Mais en fait d'inspiration, Mathieu Vasseur (Pierre Niney) n'en a guère ; quant à son écriture, elle ferait passer Guillaume Musso pour un prosateur de génie. Comme de juste, son premier manuscrit lui est retourné sans autre forme de procès. C'est alors qu'au cours d'un déménagement (il faut bien gagner sa vie), il tombe sur le manuscrit d'un combattant algérien. Ni une ni deux, il se l'approprie, le signe et l'envoie à une maison d'édition. Ou comment passer, sans inspiration ni transpiration, de l'ombre à la lumière ou plutôt de la grisaille de la banlieue au soleil clinquant de la Côte d'Azur. En un tournemain, le plumitif devient l'auteur le plus en vogue de la place de Paris et gagne le cœur de la belle Alice (Ana Girardot). Le plébéien est adopté par sa belle-famille de patriciens, dans une version low-cost du « Match point » de Woody Allen. Coups de fil anonymes, question insidieuses d'un fils à papa jaloux, pression de son éditeur : Mathieu ne tardera pas à faire les frais de son imposture.

Si le postulat de départ du scénario semblait ouvrir la voie à un bon thriller sur l'usurpation, force est de constater qu'à l'arrivée, « Un homme idéal » a tout du film de commande piloté en sous-main par TF1, qui, non contente de le produire, semble être à l'origine de chaque plan. Yann Gozlan, le réalisateur, a beau se réclamer de « Plein soleil » de René Clément, son film, passé à la moulinette formatée de la chaîne, ressemble davantage à un épisode de « Sous le soleil » mâtiné de « Taken 3». Ana Girardot et Pierre Niney n'arrêtent pas de se faire des bécots langoureux et désespérément sonores, au cas où l'on aurait pas compris qu'il forment un couple soudé. Le jeune démissionnaire de la Comédie-Française tourne en rond dans sa chambre, lorgne de son regard de biais ses livres, la page Word immaculée de son ordinateur, la photo de son idole Romain Gary, pour nous montrer, la preuve par trois, que, non, vraiment, ça ne vient pas.

Passons encore sur le fait que le scénario s'englue dans les invraisemblances à mesure que Mathieu s'enfonce dans le mensonge. Au moins le film est-il parfaitement synchrone avec la descente aux enfers de son usurpateur de protagoniste. Mais c'est cette façon de faire dans la redondance pour décérébrés, cette manière de prendre le spectateur pour un jambon symptomatique de l'esprit TF1, qui est affligeante. Le roman que pond enfin le faussaire auquel l'engrenage de ses mensonges et crimes a enfin rendu l'inspiration s'appelle...« Faux-semblants ». Merci pour l'explication rétrospective, c'est pas comme si on était perdu au milieu d' « Inherent Vice ».

Ersatz de polar glamour pour cerveau indisponible, le film n'a d'autre choix que de se transformer en une sorte de vade-mecum parodique du thriller pour les nuls : sur-utilisation d'une musique sursignifiante, plans hyper-rapprochés sur Niney, découpage schématique... « Un homme idéal » avance, multipliant les coïncidences plus grosses les unes que les autres, s'enferrant de plan en plan dans une course désopilante aux rebondissements grotesques qui trouve son apogée comique dans une scène de « survival ». Sans parler de l'épilogue, improbable et simpliste au possible.

« Un homme idéal », c'est aussi un homme capable finalement d'écrire un roman en deux jours, rythme effréné qui ferait passer Simenon ou Stendhal pour des limaçons. Le film fourmille d'incohérences temporelles qui, ajoutées à l'énormité des situations, achèvent de nous désolidariser totalement du sort de ce truqueur traqué auquel l'excellent Pierre Niney essaie de donner consistance et vraisemblance. Mélange de fébrilité nerveuse et de self-control lisse, l'ex petit prodige du Français, dont la singularité et l'extrême finesse de jeu s'affirmaient il y a peu encore jusque dans les productions mainstream (« Comme des frères » ; « 20ans d'écart ») semble être rentré depuis son rôle dans « Yves Saint-Laurent » pour lequel il vient de recevoir un César, et plus encore avec cet « Homme idéal », dans l'antichambre du formatage à l'américaine. On regrette le premier Niney, facétieux et inoubliable serveur de cocktails euphorisants dans « Les neiges du Kilimandjaro ».

Niney,truqueur traqué sous le soleil. Copyright : elle.fr

Niney,truqueur traqué sous le soleil. Copyright : elle.fr

Tag(s) : #thriller, #Pierre Niney, #nanar

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