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Il y a un an, presque jour pour jour, Pio Marmaï était le héros tendre et pataud de « Maestro », le film rafraîchissant et bien rodé de Léa Fazer. Caution sympathique et attachante de la plupart des comédies populaires (Toute première fois, Des lendemains qui chantent), le charismatique Pio se retrouve cette semaine à l'affiche de « Nos futurs », le dernier film de Rémi Bezançon, dont il est l'acteur fétiche depuis « Le premier jour du reste de ta vie ». Avec un naturel et une vitalité à tout crin, il porte à bout de bras le film, comme s'il s'acquittait d'une dette envers son réalisateur complice. Mais les épaules pour le moins charpentées du trentenaire trublion ne suffisent pas à rehausser cette comédie-patchwork à l'humour flagada et poussif qui a la saveur d'une madeleine de Proust sous cellophane perdue au fond d'un supermarché criard (la photo est parfois d'une laideur!).

Dans « Nos futurs », c'est une « bamboula » qui permet de retrouver le temps, le vert paradis des amours et beuveries lycéennes. Yann (Pierre Rochefort), dont la vie morne de trentenaire courtier en assurances résonne comme un «No future », se décide à recontacter son meilleur ami d'alors, Thomas (Pio Marmaï) à la suite d'une soirée d'anniversaire surprise agrémentée comme il se doit d'une rétrospective photo. Si, comme corollaire de sa vie ronronnante, Yann a subi un vieillissement accéléré, Thomas, tel un Kev Adams, n'a pas changé d'un poil depuis ses 18 ans, alignant toujours les mêmes vannes pourries, vivant dans le même taudis depuis lequel il compulse son minitel, cet ancêtre d'Internet qu'il présente comme une « machine de guerre ». Afin de mettre un terme à leurs malédictions respectives, les deux potes qui se réentendent à nouveau comme larrons en foire, décident d' « ouvrir une brèche spatio-temporelle », autrement dit d'organiser à l'identique la teuf post-bac au terme de laquelle leurs chemins se sont séparés. Et les deux de parcourir la France à scooter à la recherche de leurs amis perdus de vue.

Aux antipodes du modèle de comédie ouvragée que représentait « Le premier jour du reste de ta vie », « Nos futurs » donne l'impression d'une centrifugeuse de blagues potaches qui tourne à vide et dont les embardées, parfois sympathiques et drôles pour peu que l'on soit de bonne humeur, ne font que faire ressortir la paresse et la faiblesse d'écriture. Remix sans panache du verbiage débridé et halluciné qu'affectionne Bezançon (la scène avec Zabou) avec l'humour lourdingue des pastilles de Canal + importé par les guests Kyan Khojandi, Camille Cottin et Laurence Arné, dont la convocation systématique dans le tout-venant de la comédie populaire commence à lasser, « Nos futurs » pâtit en outre de son montage de bric et de broc qui finit, par sa confusion, par siphonner entièrement le propos du film, plus intéressant qu'il n'y paraît.

Si Rémi Bezançon se plaît, de film en film, à rouvrir les vannes des souvenirs d'enfance et les malles des greniers, force est de constater qu'il n'arrive pas à canaliser la boîte de Pandore de l'enfance et de l'adolescence qui s'ouvre à la va-comme-je-te-pousse dans « Nos futurs », produisant un afflux d'images désorganisées. Le problème majeur du film vient de cette débauche d'énergie non maîtrisée, de ce trop-plein enchevêtré qui s'emballe dans un dernier revirement scénaristique tendance Buñuel qui nous dit qu'il est vain de chercher à revivre ses jeunes années, que seule la vie intérieure permet de retrouver le temps des copains et de l'aventure. Imbibé par l'apathie lunaire d'un Pierre Rochefort, touchant en dépit d'un jeu effacé, ce « Nos futurs » gentiment nostalgique tente sans grand succès de dépasser le stade de la pochade pour ouvrir sur une réflexion sur le difficile passage à l'âge d'homme. Peine perdue, même si tout en faisant tache dans l'honnête filmographie de Bezançon, le film reste attachant.

Pierre Rochefort et Pio Marmaï. Copyright image : mega CGR

Pierre Rochefort et Pio Marmaï. Copyright image : mega CGR

Tag(s) : #comédie populaire, #Pio Marmaï, #lycée

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