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C'est un nanar original, originel même. Dans « Le tout nouveau testament » de Jaco van Dormael, présenté à la Quinzaine des réalisateurs, Bruxelles est le laboratoire de la création du monde. Aux manettes, un Dieu aux allures et aux manières de gros beauf, qui règne sur le monde en robe de chambre marronnasse à carreaux. Depuis son cloaque grisâtre, le tout-puissant s'emploie à emmerder le monde, à programmer accidents et autres catastrophes, avec la frénésie hilare d'un gamin captivé par son jeu vidéo. La tartine qui tombe du côté de la confiture ? Le téléphone qui sonne alors que l'on vient à peine de rentrer dans son bain ? C'est lui. Si Dieu-Bidochon a une femme complètement abrutie (Yolande Moreau), sa fille, Ea, elle, a de la ressource. Fatiguée d'être tyrannisée par son père, qui a renié son fils J-C parce qu'il s'est acoquiné avec douze gugusses, la pauvrette se mutine à son tour en balançant à chaque pauvre mortel sa date de décès par SMS puis part recruter six nouveaux apôtres pour écrire un « Tout nouveau testament » en compagnie d'un clochard qui lui sert de scribe.

Heureusement que la femme est là pour sauver le monde. Dommage qu'elle ressemble à une Amélie Poulain jeunette, qui aurait fait une formation de coach en développement personnel et en musicologie. Une telle guimauve, une telle montagne de sucreries mystico-surréalistes vous donnerait presque des envies d'être phallocrate. Survendu comme un Poelvoorde-movie déjanté, le film n'est en effet tolérable que dans son versant cynique, goguenard et ricanant, que l'acteur belge prend en charge à lui seul, sans se faire voler la vedette une fois par son compatriote François Damiens, que l'on préfère encore chez Foenkinos qu'en sniper morbide et dépressif. Dans cette bisounourserie généralisée aux envolées dignes des Teletubbies, une foultitude de petites gens aux petites vies minables, qu'on dirait sortis d'un roman de gare, comprennent, à la faveur de leur mort annoncée, la différence entre destin et libre-arbitre (dialectique chère à Jaco van Dormael). Chaque apôtre est livré en kit, invariablement, avec ses souvenirs-écran, ses petites marottes et névroses, ajoutant à la mièvrerie de l'ensemble le fardeau de la répétition. De là un évangélisme de supermarché, entrelardé de séquences « Proust pour les nuls » et de méditations métaphysiques à la Katherine Pancol : « La vie, c'est comme une patinoire, s'il n'y avait pas d'air, les oiseaux tomberaient ».

C'est que l'entreprise parodique, plutôt sympathique et bien menée au début (avec quelques running gags et phrases mémorables) se pique de velléités poétiques et mélancoliques très premier degré sur le temps qui reste et la destinée. On a la désagréable impression d'être dans la version belge d'un film des punks Kervern et Délépine (impression à laquelle participe pleinement la présence de Moreau et de Poelvoorde) parasité par le message rose d'un roman d'Eric-Emmanuel Schmitt. Le pire étant que cette facétie de petit plaisantin iconoclaste se solde par un pastiche mille fois plus mièvre que « Aimez-vous les uns les autres ». Comme de juste, un indigeste bouquet final -au sens artificier du terme- vient se substituer à la couleur lavasse qui prédominait jusque là. On se demande ce que la grande Catherine Deneuve est venue faire dans cette galère surréaliste et neuneu, à part se mettre au lit avec un autre grand mythe du cinéma, King Kong. Que Van Dormael fasse joujou avec une icône du cinéma français, ça n'est déjà pas très concluant. Mais que François Damiens se livre à une parodie de mauvais goût d'une des plus belles scènes du cinéma français, le « Je ne vous aime pas, je ne vous aime pas » de Danielle Darrieux dans « Madame de.. » de Ophüls, c'est non. Tout nouveau, pas beau.

Poelvoorde, génial en Dieu goguenard et tyrannique.

Poelvoorde, génial en Dieu goguenard et tyrannique.

Tag(s) : #parodie, #Poelvoorde, #Quinzaine des réalisateurs

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