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~~Le festival Indépendances et création d'Auch, qui se tient tous les ans en octobre, propose à un public, majoritairement composé d'exploitants, des avants-première de film d'art et essai dont les sorties en salles s'échelonnent de novembre à mars. Certaines projections sont suivies de rencontre avec le réalisateur et/ou les acteurs. Les 8 films que j'ai pu y voir, couplés avec « Mia madre » de Moretti et « Une histoire de fou » de Guédiguian que j'avais déjà eu l'occasion de voir mais qui étaient projetés durant le festival m'ont donné envie de me livrer à un petit bilan, qui prend sa source dans la récurrence de motifs thématiques, formels, esthétiques ou purement frivoles qui m'ont poursuivie durant ces presque deux jours de projection.

Du chaos et des lèvres

A priori rien en commun entre le film de Nemes, « Le fils de Saul » et le « Cosmos » de Zulawski, adaptation bouffonne et actualisée du chef d’œuvre de Gombrowicz. Mais l'image de la lèvre burinée, noircie et gonflée de Saul Ausländer m'est restée au milieu du chaos flouté des camps, comme l'image de la lèvre déviante, monstrueuse de Catherette et celle, pure et innocente, de Léna poursuivent le narrateur Witold dans sa tentative de donner forme au chaos qui l'entoure dans « Cosmos ». C'est un faisceau d'images mentales frappantes, de bouches en l'occurrence, qui a défilé dans ma tête tout au long de cette première journée. Sans doute est-ce le film de Zulawski, que j'ai vu dans l'après-midi, qui m'a emmenée à faire rétrospectivement ce lien labial. D'autant que les personnages des deux films diffèrent on ne peut plus radicalement en ce qui concerne leur perception du monde : Saül étant presque complètement imperméable à l'horreur qui l'environne, tandis que le personnage de Gombrowicz se caractérise par l'extrême perméabilité qu'il entretient avec le monde, la nature, les signes. Où l'on voit que la lecture de Gombrowicz, et à sa suite le film, vous invite aux associations d'idées les plus farfelues.

Des deuils

Du deuil de l'innocence bafouée, assassinée par le nazisme dans « Le fils de Saül » que cherche à mener à bien le personnage dans sa quête éperdue d'une sépulture pour un enfant gazé en qui il reconnaît son fils, au deuil annoncé de la mère dans le magnifique « Mia madre » et du fils dans « La tierra y la sombra » en passant par la fratrie roumaine du documentaire « Toto et ses soeurs » contrainte de faire symboliquement le deuil d'une mère emprisonnée pour trafic de drogue, qui les a laissés livrés à eux-mêmes, jusqu'au magnifique « Ce sentiment de l'été » de Mikhaël Hers, où le personnage d'Anders Danielsen Lie essaie tant bien que mal de faire le deuil de sa petite amie et de se reconstruire, c'était le motif lancinant de bon nombre de projections.

Beaux gosses et ressemblances

Beaucoup de films étaient portés par de jeunes comédiens très beaux, ce qui ne gâtait rien, à commencer par Jonathan Genet, inconnu au bataillon propulsé acteur principal du film de Zulawski et présent au festival aux côtés des deux autres interprètes du film, le charmant Johann Libéreau (quelque chose de Tahar Rahim) et l'adorable Clémentine Pons. Visage taillé à la serpe, cheveux longs dans le film, barbe au festival, silhouette longiligne, le très beau Jonathan impose sa présence vampiresque et habitée et son profil de héros romantique hâve dans le film de Zulawski. Découverte ensuite de l'acteur allemand Florian David Fitz, acteur principal du thriller politique « Les amitiés invisibles », dont le physique, à la croisée entre Ryan Gosling, Gaspard Ulliel et Melvil Poupaud (il y a du niveau), m'a aidée je dois le dire, à rentrer dans cette intrigue politico-journalistique assez mal amenée. Il faut dire que le film a commencé à 22h30 et qu'il faut un sacré courage pour aller voir un thriller allemand à c'te heure. Il y avait aussi le beau Melvil Poupaud dans le « Grand jeu » qui avait troqué la soutane de « Fou d'amour » pour un long manteau beige d'écrivain germanopratin. Et pour rester dans mes amours cinéphiles déjà amorcées auparavant, concluons avec le magnifique, le sublime Anders Danielsen Lie, aussi poignant que solaire dans « Ce sentiment de l'été », film de déambulation triste comme « Oslo 31 Août », mais radieux en dépit de son sujet.

Des questions farfelues

La palme de la question farfelue revient à une dame âgée, qui n'ayant rien compris au film de Zulawski, ni ressenti pendant la projection, a demandé aux comédiens de lui expliquer ce qu'elle aurait dû ressentir, dans l'optique de parler du film à ses amis. Les comédiens, amusés, ont bien entendu répondu que non. J'ai remarqué, au fil des rencontres, que le problème, le malentendu fondamental lors de la rencontre entre un cinéaste et son public (il en est de même pour les écrivains) était atteint quand le public sommait le réalisateur de s'expliquer sur son film, de donner le sens de tel ou tel événement ou comportement. C'est ce qui est arrivé pour « Le grand jeu », objet politico-théorique dense et complexe maquillé en film d'espionnage, resté un peu abscons pour bon nombre d'entre nous mais aussi pour « Ce sentiment de l'été » où Hers a été assailli de questions sur le sens de l’ambiguïté amoureuse qui plane entre le héros et la sœur de sa petite amie défunte. Je crois que, dans "Comment parler des livres que l'on a pas lus", Pierre Bayard parle très bien de cette impossibilité fondamentale de s'exprimer sur sa propre œuvre dont le sens appartient, dès la première projection, au public et à la critique.

Rohmer, es-tu là ?

J'ai eu la chance et le plaisir de rencontrer au festival une dame adorable et très intéressante qui a joué dans « Le rayon vert » de Rohmer, précisément dans la scène au bord de l'océan où trois femmes parlent du roman de Jules Verne et du sens du phénomène. La figure tutélaire de Rohmer a aussi plané sur deux films : « Le grand jeu », de par la présence de Poupaud et Dussollier, respectivement acteurs dans « Conte d 'été » et « Un beau mariage », l'importance accordée aux dialogues et le fétichisme de cinéphile de Pariser pour tout ce qui touche aux films de Rohmer. Enfin, dans « Ce sentiment de l'été », la présence de Marie Rivière, habituée des films de Hers, de Féodor Atkine et la partie du film tourné dans les environs d'Annecy, au bord des lacs (Léman?) qui m'a rappelé le décor du « Genou de Claire », ont parachevé cette impression. Eric, es-tu là ?

Charte graphique de cette 18 e édition du festival Indépendances et Création eu Ciné32 de Auch.

Charte graphique de cette 18 e édition du festival Indépendances et Création eu Ciné32 de Auch.

Tag(s) : #bilan, #festival, #beaux gosses, #chaos, #deuil, #Rohmer, #Anders Danielsen Lie, #avant première, #Auch, #Indépendances et création

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