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Quand Rohmer faisait du genou le lieu érotique et raffiné de la cristallisation amoureuse, Maïwenn en fait une métaphore à gros traits de la scission du couple. Une rupture des ligaments, c'est une transposition organique de la rupture amoureuse ; subir une douleur intolérable au genou, c'est avoir mal au « je-nous ». Lardé de ce psychosomatisme de comptoir en guise de colonne vertébrale, « Mon roi » semble avoir été écrit sur un coin de table, à côté d'une pile de magazines féminins expliquant comment se dégager de l'emprise des pervers narcissiques. Une littérature dans laquelle Tony alias Marie-Antoinette (Emmanuelle Bercot, prix d'interprétation féminine à Cannes) n'a manifestement pas cherché secours... Récit au (trop!) long cours d'une relation amoureuse toxique où dominée et dominant sont également haïssables, le quatrième film de Maïwenn ressemble à une essoreuse à salade(s). Car Georgio (Vincent Cassel, jeu tout en effraction), escroc en affaires et en amour sous la coupe duquel tombe Tony, en raconte beaucoup, des salades, pour la séduire, puis pour la garder. On a du mal à croire qu'une avocate au pénal se laisse embobiner dix ans durant par un petit flambeur, certes retors mais décérébré (qui ne sait pas ce que c'est que le baby blues, mais qui appelle son gamin Sindbad comme s'il avait lu les « Mille et une nuits », allez comprendre...). On a du mal à croire que des bourgeois (Tony, son frère et sa belle-soeur) s'extasient en arrivant dans un loft parisien cossu comme des enfants affamés à la vue d'un gros gâteau. On ne comprend pas pourquoi une avocate donne devant ses collègues et sa famille une allocution sur le thème : « Faut-il tout gâcher ? » (admirez, là encore, la métaphore au Stabilo-Boss rose). On est interloqué quand Maïwenn croit bon de faire fraterniser sa protagoniste avec un groupe de djeun's de banlieue dans le centre de rééducation où elle se remet de sa chute, comme si la réalisatrice de « Polisse » culpabilisant de faire un film sur les (nouveaux) riches, avait voulu à toute force, à la va-comme-je-te pousse, réintroduire le « social » dans le champ.

A défaut de licences poétiques, accordons à ces fulgurances de n'importe-quoi le statut de licences prosaïques dans ce film viscéral-ras-les-pâquerettes. Car sous couvert de dispositif-vérité, « Mon roi » débite des banalités à la truelle (« Quand on aime, on souffre, c'est pas facile »). Mais le pire, c'est que cette centrifugeuse conjugale en surrégime permanent fait étalage d'une grossièreté et d'un mauvais goût, d'une beauferie sans nom (à laquelle Maïwenn ne nous avait pas habitués), qu'elle n'a de cesse d'ériger en originalité. Cinéma du ricanement perpétuel, hystérique et bêtifiant, « Mon roi » ferait passer les rires enregistrés des séries télévisées pour un fond sonore agréable. D'autant que c'est toujours Tony qui rit des saillies de l'im-pré-vi-si-ble Georgio, condamnée au rôle de spectatrice passive, hébétée et totalement ahurie de son partenaire (la femme est ici, au mieux silencieuse, comme le personnage d'Isild Le Besco, inexistant, au pire un puching-ball réduit à l'action-réaction comme Tony). On en vient à croire que la mal nommée Marie-Antoinette (frivole, certes comme la reine, la vraie, mais surtout d'une inélégance crasse) est plus dingue que raide dingue du personnage de Cassel, impression que viendra confirmer une scène d'hystérie en public extrêmement gênante. N'est pas Cassavetes qui veut, même si Maïwenn partage avec le réalisateur d' « Une femme sous influence » ce credo : porter à épuisement les acteurs, faire un film en forme d'électrocardiogramme.

Un manifeste, qu'en bonne filoute, elle met dans la bouche de Vincent Cassel, pour parer à toute critique: « La vie, c'est comme un électrocardiogramme, quand c'est plat, c'est que t'es mort ». Maïwenn réussit hélas le prodige de faire un film éprouvant en forme de montagnes russes, mais complètement plat. Foire d'empoigne interminable qui se targue d'autopsier le couple au scalpel (ce serait plutôt au couteau de cuisine), laissant suppurer ses plaies avec une forme de complaisance criarde, « Mon roi » est en réalité extrêmement balisé, attendu (forcément, le père se défile dès qu'un enfant est en route), même dans ses circonvolutions les plus artificieuses (on attend le flagrant délit d'adultère, qui arrive forcément). Célébration autosatisfaite de la bêtise, coup d'éclat permanent et au forceps, « Mon roi » n'est qu'un précipité exténuant, racoleur et vulgaire de scènes de la vie conjugale. Seule échappatoire : le personnage du frère, joué par Louis Garrel, dont le regard goguenard et les persiflages désinvoltes semblent faire un clin d’œil au spectateur sidéré.

Copyright image: metronews

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Tag(s) : #Cannes, #Maiwenn, #couple

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