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Drôle d'objet que ce « Marie et les naufragés » qui, sous un emballage de comédie générationnelle mainstream composée de personnages étiquetés loufoques (l'écrivain torturé, le musicien somnambule...), trace, avec une force tranquille, son chemin de traverse singulier de petit film indé. Cette bigarrure qui fait d'emblée le charme et la fraîcheur du film naît d'abord de la présence conjointe de Pierre Rochefort, plus habitué aux comédies populaires comme « Nos futurs » de Rémi Bezançon et de Vimala Pons, jeune pousse rafraîchissante issue d'un jeune cinéma d'auteur français un peu foufou (« La fille du 14 juillet »). Mais aussi des techniques narratives utilisées : si le monologue face caméra, déjà présent dans le charmant « 2 automnes 3 hivers », est une des caractéristiques du cinéma de Sébastien Betbeder qui lui donne des airs de sympathique néo « nouvelle vague », en revanche les voix off placardées sur un défilé de vieilles photos et de clichés instagram appartiennent bien à la franchise « comédie générationnelle ».

Ce qui fait la force de la première moitié du film est que, sans s'affirmer délibérément comme originale, elle déploie une forme diffuse d'insolite, une finesse d'écriture et une cocasserie discrète, le tout dans le cadre assez balisé de la comédie pop' avec ses éternels et sympathiques trentenaires en coloc' et en galère de boulot. C'est le cas de Siméon (Pierre Rochefort, toujours charmant dans son emploi coutumier de doux lunaire romantique), journaliste culturel au chômage et jeune papa d'une petite fille pleine de malice et de verve, qui partage son appartement avec son meilleur ami, Oscar (Damien Chapelle, que l'on se réjouit de voir de plus en plus), compositeur électro et somnambule inquiet. Siméon trouve dans la rue le porte monnaie d'une certaine Marie (Vimala Pons) et se met en devoir de la retrouver pour le lui remettre en dépit des avertissements téléphoniques de l'ex jaloux de la jeune fille, Antoine, un écrivain hirsute et menaçant (Eric Cantona, drôlissime dans le registre de la noirceur parodique) : « Faites attention à Marie, elle est dangereuse ! ». Ce qui n'empêchera pas Siméon de suivre en loucedé la belle évaporée jusqu'à l'île de Groix, nantie s'il vous plaît de « la seule plage convexe d'Europe » !

Le récit qui faisait jusque là son miel de la dilution du saugrenu dans la normalité (le running gag irrésistible du détective privé, le silence interloqué de la réceptionniste) sans jamais céder à la facilité tapageuse du gag ou du bon mot, qui séduisait par son télescopage entre personnages actuels (Siméon et Oscar) et personnages de conte (Marie et Antoine), perd paradoxalement toute la vigueur et l'originalité vivifiante qu'il pensait trouver dans cette échappée. Le bitume parisien inspirait visiblement davantage Sébastien Betbeder que les embruns bretons. Au grand air, les trous d'air du scénario se font jour, qui ne sait plus trop que faire de son chassé croisé abracadabrantesque, de sa parodie d'intrigue vaudevillesque et de sa mise en abyme assez conventionnelle (le film, c'est le roman que le personnage de Cantona est en train d'écrire). De là, l'impression que la folie douce de chacun des personnages brandie en étendard par le scénario ne fait plus que s'exhiber sans grande conviction tandis que le récit se met en sourdine au profit d'intermèdes clippesques dilatés qui sonnent comme autant d'aveux désinvoltes de panne d'inspiration.

Il semble parfois que ce soit le fantasque Sébastien Tellier, dont la musique planante et omniprésente agrémente abondamment la partie insulaire, qui ait repris la main à la réalisation. Ce qui n'est certes, pas désagréable mais sent un peu son écran de fumée. La participation du chanteur de « Cochon ville » semble en tout cas avoir essaimé dans le film, notamment dans ce personnage de vieux gourou de l'électro joué par André Wilms, complètement habité par la vision d'une muse des flots visionnaire qui a les traits de Marie. De quoi rappeler le titre d'un précédent album de Tellier, « My god is blue ». Si le film, malgré son allure finale de frêle esquif un peu rafistolé évite le naufrage en vertu de sa drôlerie saupoudrée, de son ton singulier et du charme de ses interprètes, on eût quand même apprécié que Betbeder fasse l'effort de ramener ses personnages si attachants et la folie en germe dans son scénario à bon port plutôt que de les laisser naviguer à vue.

Image : Baz-art.

Image : Baz-art.

Tag(s) : #Vimala Pons, #Pierre Rochefort, #Betbeder, #Comédie générationnelle

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