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Englobant et nébuleux, le titre du nouveau film de Rebecca Zlotowski, « Planetarium », ne peut manquer d'évoquer un des textes fondateurs du Nouveau Roman, « Le planetarium » de Nathalie Sarraute. Si l'auteur cherchait à capter le fameux flux de conscience cher à Joyce et à Dujardin et à repousser les limites de la narration, la jeune réalisatrice de « Belle épine » questionne la capacité du cinéma à fixer sur pellicule l'invisible, les formes invoquées par l'esprit. C'est en tout cas la croyance folle qui germe dans l'esprit d'un producteur de cinéma, André Korben (Emmanuel Salinger), peu après avoir assisté à une séance de spiritisme donnée par deux mediums américaines, les sœurs Laura et Kate Barlow (Natalie Portman et Lily-Rose Depp) qui se produisent en public dans le Paris des années 30. Émerveillé par les potentialités du duo dont les pouvoirs conjugués lors d'une séance privée l'ont plongé dans une transe telle qu'il a senti la présence d'un membre de sa famille, ce magnat du cinéma, tout à sa tocade, convoque dare dare une équipe de tournage pour réaliser l'irréalisable : faire en sorte que s'impriment sur la pellicule les fantômes convoqués lors des séances de spiritisme, fût-ce sous forme de traces.

Un peu comme dans le 8 ½ de Fellini, le projet est lancé alors que personne, encore moins le réalisateur mandaté (campé avec une bonhomie dubitative par le cinéaste Pierre Salvadori), n'a de canevas précis. Mais tels deux bouts de bois frottés qui feraient naître du feu, les potentialités conjuguées du cinéma et du spiritisme sont censées faire des étincelles et montrer l'inouï. Cette foi en le septième art qui se laisse lire dans le regard émerveillé de ce producteur, qui est moins un homme d'argent qu'une sorte de doux illuminé, peine toutefois à donner des ailes au film, malgré ces plans en apesanteur, ces panoramiques, ce côté virevoltant que Zlotowski essaie d'imprimer à sa mise en scène. Cette stylisation un peu trop placardée n'empêche pourtant pas le film de s'embourber dans l'aspect assez compassé et guindé d'un film d'époque sans souffle. Tout le magnétisme et l'énergie qui sourdaient de « Belle Epine » et de « Grand Central » semblent à tel point étouffés par les jolis décors et les jolis costumes que l'on a l'impression, pas foncièrement désagréable, certes, d'être dans la situation du convive d'un salon mondain que le babil des invités ennuierait et dont l'attention se focaliserait par défaut sur les toilettes et l'apparat de la pièce. 

« Planetarium », lui aussi, ne cesse de se disperser, courant trop de lièvres à la fois (le cinéma, le spiritisme, la montée de l'antisémitisme et la crise financière en miroir à notre époque troublée). Cette avancée à l'aveugle qui fait écho à celle des personnages, cet éparpillement assez stérile accouchent d'un film sur le spiritisme sans matière (logique, après tout), sans charpente, sans corps. De là l'impression d'être moins devant une oeuvre énigmatique qui se déroberait à toute tentative d'explication (comme l'excellent « Personal shopper » d'Olivier Assayas, en salles en décembre, qui fait de la communication avec l'au-delà le moteur d'un mystère et d'une tension culminantes) que devant un film filandreux et tâtonnant. S'il ne se fourvoyait dans des esquisses d'intrigues, dans sa volonté farouche et presque prude d'éviter tout romanesque et dans une neutralité anesthésiante, « Planetarium » eût pu être un film profond sur la croyance aveugle, les lubies et les leurres. Seul le personnage du producteur, véritablement habité grâce à la prestation d'Emmanuel Salinger, donne du corps à cette profession de foi éthérée en forme d'élégant melting-pot thirties. Natalie Portman a beau donner une certaine force à son interprétation, les tergiversations de son personnage aux affects rentrés peinent à convaincre tandis que celui de Lily-Rose Depp reste un peu trop à l'arrière-plan du récit. « On joue parce qu'on aurait aimé vivre les choses intensément » dit le réalisateur à la médium apprentie comédienne. C'est cette intensité qui, précisément, fait défaut au film, dont la cérébralité, l'affectation et la préciosité désincarnée viennent constamment faire écran à l'aventure spirito-cinématographique dans laquelle il prétend nous emporter. Casting international, superficialité vaporeuse, vernis chic, vain agrégat thématique : « Planetarium » ou le prototype même du film surfait.

Natalie Portman et Lily-Rose Depp (image sentieriselviaggi.net)

Natalie Portman et Lily-Rose Depp (image sentieriselviaggi.net)

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