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Dans « Les combattants », le premier long-métrage de Thomas Cailley présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, il y a une dimension magnétique qui rappelle « La fureur de vivre ». Sauf qu'Adèle Haenel boit une mixture sanguinolente à base de sardines broyées et non pas du bon lait comme James Dean. Et pour cause, son personnage, Madeleine Beaulieu, garçon manqué, entière et tranchante comme du silex se prépare pour une fin du monde qu'elle juge imminente. A la recherche d'une préparation radicale, elle décide d'abandonner ses études de macro-économie pour intégrer le premier régiment des dragons parachutistes, à l'issue d'un stage de quinze jours. Sur une plage de la côte basque où les militaires font du racolage, elle est forcée de lutter contre Arnaud Labrède (Kévin Azaïs).

Cette scène inaugurale instaure d'emblée une hybridité des sexes, un flou entre les genres, que Thomas Cailley ne cessera d'exploiter tout au long du film, à la manière d'une Céline Sciamma. « Les combattants » raconte un choc amoureux, celui d'Arnaud pour Madeleine. A la fois intrigué et irrémédiablement attiré par elle, le jeune homme timide décide de plaquer l'entreprise familiale d'ébénisterie pour la suivre dans son stage.

« Fureur de (sur)vivre » solaire et joyeuse, « Les combattants » navigue entre la romcom aventurière, le film catastrophe et le portrait drôle et tendre d'une jeunesse un peu paumée, sans jamais se départir d'un humour d'autant plus décapant qu'il manifeste une véritable singularité comique. Il faut entendre Adèle Haenel moucher ses interlocuteurs avec une brutalité cynique, écouter ses dissertations improbables sur les techniques de survie et les modalités de conservation des nourritures animales. Tout au long du film, les répliques fusent, comme autant de curiosités.

Cette originalité des dialogues se double d'un sentiment d'inédit, à chaque plan. Formé à la Fémis, Thomas Cailley rend palpables les moindres vibrations des paysages côtiers et forestiers des Pyrénées-Atlantiques. Sa caméra, qui épouse les moindres palpitations physiques, fait du corps d'Adèle Haenel un véritable épicentre sismique (comme Kéchiche avec son Adèle, mais plus discrètement) et débusque, par petites touches, la féminité qui vibrionne sous cette carapace à toute épreuve.

Thomas Cailley signe ici un très joli film sur l'insoumission porté par l'envie de son héroïne de défier l'ordre établi, de refuser l'autorité, de suivre farouchement une ligne radicale. Un cinéma qui échappe à toute forme d'académisme comme ses héros échappent aux règles du stage militaire pour s'essayer à survivre en forêt par leurs propres moyens dans une dernière partie qui n'est pas sans évoquer, en version sexualisée, le roman « Sa majesté des mouches » de William Golding. Une même frénésie et excitation à suivre sa propre loi en se pliant aux lois spartiates de la nature, à échapper au monde morne et étriqué des adultes dont le frère d'Arnaud, tenaillé par les préoccupations du petit entrepreneur, est le représentant.

Tenu par deux courbes, le jusqu'au-boutisme foutraque de Madeleine et l'amour naissant d'Arnaud, qui se rejoindront dans un final incandescent (au propre comme au figuré), « Les combattants » est bercé par une folie douce et entêtante. Un film qui a du pouls, un pouls terrible que la bande originale, électrisante, fait battre d'autant plus fort. Kevin Azaïs, très attachant, déploie un jeu subtil et feutré, fait de regards plein de désir pour cette créature extravagante qui fonce à bride abattue, sans se laisser dévorer par une Adèle Haenel, magnifique comme toujours. Quand Adèle il y a, qu'elle soit Haenel ou Exarchopoulos, il y a inévitablement électrochoc de cinéma.

Les combattants de Thomas Cailley : la fureur de survivre
Tag(s) : #Adèle Haenel, #Quinzaine des réalisateurs

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